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Horizons de cour intérieure

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C’est fait, on a changé d’appartement! Lui, il s’en foutait, mais moi j’en avais marre de ces horizons de cour intérieure courcircuités de cordes à linge. Les jours de gros lavages, pas même la peine d’essayer d’entrevoir un petit bout de ciel de notre deuxième étage; au-dessus de nos têtes, ça faisait comme une grosse toile d’araignée avec plein de trucs piégés à l’intérieur: des slips, des draps… j’crois même que parfois y’ en avait qui mettaient leurs sales idées pendre aux fenêtres.

Mais tout ça c’est fini. On vient de s’installer dans un quatre pièces tellement ensoleillé, que quand on y entre, pas de charentaises, mais de bonnes lunettes de soleil à carreaux. Quatre pièces sous les toits avec quatre énormes vélux. Je passe des heures étendue sur mon lit, les yeux perdus dans mon bout de ciel et je me sens un peu comme à la mer.

Ce matin pourtant, Maurice et moi on s’est engueulés. Quand le réveil a sonné j’ai ouvert un oeil, et puis l’autre… j’ fais toujours ça dans le même ordre: d’abord le droit et puis le gauche, c’est un peu idiot mais ça m’aide à passer d’un côté à l’autre plus facilement. Une fois du côté où les gens se lèvent tôt pour aller travailler, mes yeux sont tombés sur mon bout de ciel encadré; aux lueurs de l’aube, il était comme un de ces tableaux trop beaux pour être avec les autres et qu’on laisse tout seuls sur un grand mur avec juste une lumière en plein dedans. J’ai murmuré:

—Comme il est beau mon bout de ciel rien qu’à moi.

Maurice qui ouvre toujours les deux yeux en même temps a dit pour m’énerver:

—C’est jamais le même morceau… ton bout, demain, c’est la voisine qui l’aura.

Alors j’ai eu envie de les tuer, lui et la voisine et je me suis mise à pleurer.

—Tu vas quand même pas pleurer parce que la terre tourne! —il a dit pour essayer de me consoler.

Mais moi j’ai pas voulu de ses caresses. Pendant un moment j’ai senti comme un vertige et j’ai regretté mes horizons de cour intérieure et mon bout de ciel en toile d’araignée.

Maurice s’est levé, il a ouvert le vélux, s’est mis sur la pointe des pieds et il m’a dit gentiment:

—Tu m’en prêtes quand même un morceau de ton bout de ciel?

Il était tout nu avec son sexe de bonne humeur, alors ça m’a fait rire.

—Et c’est où qu’on fera sécher le linge? —a-t-il pensé à voix haute.

Pas malin mon Maurice! Et ça m’a fait repleurer et regretter les cordes à linge de ma cour intérieure, artères encombrées d’impossibles horizons.

 


24/02/2010 11:45 dominiquevernay Enlace permanente. sin tema

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dominiquevernay

gravatar.comAutor: cristina

tengo que aprender francés, esto no puede seguir así... ;-(

Fecha: 01/03/2010 18:43.


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